mardi 21 novembre 2017

Avec vue sur la mer.



A force d'admirer ses nouvelles créations via son compte instagram, le Strict Maximum a fini par craquer pour l'une des lampes de Frédéric Bourdiec.
L'occasion de posséder un immeuble tout entier, ce qui vous l'avouerez, n'est pas donné à tout le monde.





Frédéric Bourdiec a 34 ans et vit à Marseille où il exerce le métier, on vous le donne en mille, d'architecte. Il s'est mis à la céramique il y a 4 ans et progressivement, a lié ses deux passions, donnant naissance à des lampes architecturées.
Rencontre.

Certaines de tes lampes nous évoquent la Grande Motte, Royan (la villa Ombre blanche) et d'autres stations balnéaires possédant de grands ensembles. On y imagine facilement la mer pas loin, des stores à rayures... on fabule ?!

C'est vrai que mes lampes font penser à ces architectures des villes balnéaires mais j'y vois plutôt la cité radieuse, les grands ensembles d'après guerre. Mes premières sculptures -qui n'étaient pas des lampes- s'appelaient HBM pour "Habitation à Bon Marché" 
Mes lampes, je les imagine dans différents décors comme ma série "Avec vue sur la mer" Elles sont sur pilotis, on peut imaginer un week end en bord de mer...
Mes inspirations sont les architectures d'après guerre : Le Corbusier bien sur mais aussi l'architecture communiste soviétique et toutes les architectures dites brutalistes.





Quand et comment es-tu venu à la céramique?

Je suis architecte mais j'ai aussi travaillé le bois, j'ai été ébéniste. J ai toujours eu besoin de comprendre comment marchent les choses.
Je suis venu à la céramique par la collection, j'ai collectionné la céramique des années 50 pendant près de 10 ans.
J'ai eu besoin de comprendre comment ça marchait, ce qu'était une pièce coulée, estampée ou montée à la plaque. 

Et comment t'es venu l'idée de mêler l'architecture à la céramique, d'en faire ces lampes ?

Le montage à la plaque m'a semblé être une évidence, je sortais de mes études d'architecture et c'était une autre façon de faire des maquettes d'architecte.
Mes premières réalisations étaient des formes géométriques dans un. Je suis venu naturellement à la lampe. J'avais envie d'éclairer de manière différente, d'essayer de ne jamais voir l'ampoule et créer des ambiances. Une lampe entière sans rien à y ajouter.




Est-ce que tu t'inspires de bâtiments existants? Comment nait un projet?

Oui, je m'inspire de bâtiments ou de détails de bâtiments existants.
Le projet nait par un envie, un croquis de la lampes que j'aurais envie d'avoir en ce moment à la maison.

Qu'est-ce que tu réalises en ce moment?

En ce moment je réalise mon premier tabouret et une table qui mûrit dans ma tête depuis mon premier projet en céramique. J'espère l'avoir fini pour la fin de l'année.




Tu dis avoir collectionné la céramique des années 50 pendant 10 ans. Qu'en est-il aujourd'hui?

En ce moment, je collectionne Pierre Digan, Robert Roy, Barbara Delfosse, du grès.

La céramique de tes rêves dans l'architecture de tes rêves, à quoi cela pourrait-il ressembler?

Je dirais la crédence de cuisine d'André Borderie dans la "Maison des Jours Meilleurs" de Jean Prouvé.


Pour en voir plus sur le travail de Frédéric Bourdiec, c'est ici.










dimanche 19 novembre 2017

Return to New York.



Si vous aimez New York et sa démesure, si vous aimez Chapo et le sur-mesure, alors ce qui suit est pour vous.


Le galeriste New Yorkais Hugues Magen organise du 2 novembre au 10 décembre la première retrospective consacrée à l'oeuvre de Pierre Chapo.
Y sont à (re)découvrir des pièces phares du père Chapo mais également de sublimes  pièces uniques commandées tout au long de sa carrière.


A cette occasion, Magen publie le premier ouvrage sur Chapo, dans la même veine que celui publié il y a quelques années sur la Borne.
Vous n'êtes pas étonnés d'apprendre qu'ici nous attendions cette publication comme d'autres attendre le père Noël ou le prince charmant, au détail près qu'il a bien fini par arriver.


Nous y apprenons que la bibliothèque B17 est à l'origine de la fascination de Magen pour l'oeuvre de Pierre Chapo et bien entendu on ne peut que le comprendre.


Tout au long des 264 pages nous découvrons de nombreuses photos d'archives, de beaux portraits de Pierre & de Nicole ainsi que des focus sur les pièces présentées à l'exposition.

 Banc S29. Orme, 1973

 Salon des Arts Ménagers. Paris, 1965

Salon des Arts Ménagers. Paris, 1965

 Banc pour Georges Candilis(détail). Orme et cuir, 1971

Banc Pour Georges Candilis. Orme et cuir, 1971

Mais ce n'est pas tout, et c'est là que cela devient intéressant pour vous.
Car que trouvons nous pages 254 et 255 ? Le SM. Oui, le Strict Maximum qui fût sollicité par la galerie l'été dernier afin de paraitre dans la partie "intérieurs de collectionneurs" et le contraire eût été parfaitement scandaleux tant le SM transpire le Chapo.

Le SM, 2017

Alors ok, New York c'est bien plus loin que Brétigny. Il est envisageable pour amortir la sortie d'y passer quelques jours et de découvrir la ville en plus de l'exposition Chapo. Ce qui n'est absolument pas envisageable avec Valentine à Bretigny.

dimanche 12 novembre 2017

Sainte Valentine.



Si l'occasion nous était donnée de déclarer notre flamme à une certaine Valentine, elle pourrait bien s'empresser de nous faire une superbe cheminée afin de la contenir. 
Vous aurez compris que nous ne parlerons pas de Valentine de Laborde -égérie de Prosper Mérimée- mais de Valentine Schlegel -créatrice de cheminée- mais pas que.

Valentine devant un barbecue, pour varier.

Originaire de Sète, Valentine étudie à l'école des Beaux-arts de Montpellier. Elle travaille pour les premiers festivals à Avignon en tant qu'assistante costumière, accessoiriste puis régisseuse en chef.

Avignon, 1951

Artiste et homosexuelle, Paris lui promet liberté de moeurs et d'expression, Valentine s'y installe en 1945.
Elle y travaille dans 3 ateliers, rue Vavin de 1945 à 1951, rue Daguerre entre 51 et 57 et rue Bezout à partir de 57.


Atelier Rue Vavin, 1945

L'atelier rue Vavin est partagé avec Frédérique Bourget, une amie de l'école des Beaux-arts de Montpellier. Le duo s'initie aux techniques du modelage inspirées des céramiques antiques du bassin méditerranéen. Leur production est utilitaire.
Dans son atelier rue Bezout, Valentine poursuit ses collaborations en travaillant avec sa soeur ainée Andrée Vilar. L'une tourne, l'autre décore.

 Première sculpture en plâtre, atelier de Sète, 1955.

 Vase et service en  faïence, rue Daguerre, Paris 1955.

Bouteilles, pichets (engobe d'Andrée Vilar) Paris, 1958

Après plusieurs années passées à parfaire sa maîtrise et à developper ses formes, Valentine décide de faire cavalier seul et s'affirme en tant qu'"artisane solitaire". Dans son nouvel atelier parisien elle commence un travail sculptural privilégiant le vase monté au colombin et en créée ainsi une quarantaine de 54 à 59.


Atelier rue de Bezout, Paris, 1955.

Atelier rue de Bezout, Paris, 1958.

Les caractères ouvriers et artisans de l'art de Schlegel sont essentiels. Avec un grand-père ébéniste et un père assemblier dans un atelier de restauration de mobilier, Valentine est initiée très tôt a certaines techniques artisanales.
En 1956 elle commence une série de couverts en bois qui s'inscrivent dans la tradition des ustensiles provençaux.

 Couverts à salade en acajou, plage de Sète 1960.

A partir de 1960 elle prolonge sa passion pour l'art du feu par la construction de cheminées en plâtre qui se poursuit jusque dans les années 2000.

A la fin des années 50, Valentine vend un de ses vases à un couple d'amis. Lors de l'installation dans leur intérieur, Valentine ne trouve pas place juste pour sa création, sauf peut-être le rebord de cheminée, mais la cheminée ne lui plait pas. Qu'à cela ne tienne, Valentine entreprend la confection d'un habillage en plâtre pour recouvrir la cheminée et la transforme entièrement, ne gardant que le foyer.

        Au turbin à Boulogne en 63.   

Si  William Cecil Burleigh se plaisait à dire qu'un soldat en temps de paix est comme une cheminée en été -entendons par là inutile- c'est qu'il est mort sans la joie de connaitre les cheminées Schlegel.
Exécutées à la truelle et en plâtre armé, les cheminées sont équipées d'étagères et de vides poches, forment des banquettes et  suppriment ainsi les meubles autour du foyer, donc deviennent utiles toute l'année.
Ses créations architecturales sont une nouvelle manière de mettre en pratique ses recherches sur la forme des objets utilitaires.

 Sète, 1959.

Paris, 1959. 

Magasin AMC, Paris 1965.

Inspirée par son paysage natal méditerranéen, la réalisation d'une cheminée dure entre 3 semaines et 2 mois. Valentine fixe dans le mur une armature métallique en fer à béton et grillage qui est ensuite recouverte de plâtre.

Pendant son temps libre, elle expérimente divers matériaux comme le bois et le cuir qu'elle travaille avec ses amis. 
Elle étend le travail du cuir à un autre élément architectural: la porte.


 Maussane-les-Alpilles 1980.

 Rue Bezout, Paris 1978.

Rue Bezout, Paris 1977.

En parallèle de sa production plastique, elle fonde le pôle modelage des Ateliers des moins de quinze ans au musée des Arts Décoratifs de Paris où elle enseigne de 1958 à 1987 et où elle expose à plusieurs reprises.


Oncy-sur Ecole, 1966.

Appliquant à elle même ce qu'elle applique aux autres, Valentine pense, modèle, structure ses propres intérieurs.

 Chez Valentine, Paris.


En attendant le 14 février prochain pour lui faire sa fête, allez donc au CAC de Brétigny voir l'exposition qui lui est consacrée; ce que le SM tout entier à fait et il lui fallait au moins du Schlegel pour se farcir la route jusqu'au CAC. 





Sur place, n'hésitez pas à vous offrir le sublime ouvrage consacrée à Valentine "Je dors-Je travaille" mais que vous pouvez quand même trouver ici parceque Brétigny c'est bien, mais c'est loin.

Exposition Cette femme pourrait dormir dans l'eau, Valentine Schlegel par Hélène Bertin, jusqu'au 9 décembre 2017.

mercredi 18 octobre 2017

5 jours à Lisbonne.


Le dernier voyage effectué par le Strict Maximum hors de notre chère France date d'il y a deux ans et c'est tout simplement scandaleux. Devant telle abération, décision est prise de s'envoler pour  Lisbonne qui n'a pas à rougir d'être en tête des classements des villes les plus agréables d'Europe. Si vous ne connaissez pas, on va vous donner envie de vous aussi faire 50 kilomètres à pieds en 4 jours.

Une fois n'est pas coutume, les voyages du SM commencent toujours de la même façon : un appartement Airbnb ! Celui de Maria et Filipa est situé dans le quartier Campo de Ourique. Quartier calme et tranquille, loin du tourisme de masse où vous côtoierez essentiellement des locaux (Madonna et Florent Pagny ne vivent pas ici donc)



D'emblée à Lisbonne, nous avons été étonnés de la présence de très nombreux immeubles des années 50/70 mais aussi Art Déco restés dans leurs jus. Et ça, ça nous fait toujours plaisir... Notre appartement en étant l'exemple même avec ce très beau carrelage, sa cage d'escalier et son ascenseur d'une autre époque (la bonne!)

Notre guide (City Guide Lisbonne, Ed. Trips ans Tips) n'avait pas menti, pour apprécier la ville, il faut s'y perdre. Fuir l'hyper centre, les belvédères et bien entendu : marcher, marcher et encore marcher. Alors, on vous propose de marcher sur nos pas.
















Vous nous connaissez, nos visites se sont axées autour de nos centres d'intérêts, mais pas que ! Ici, nous développerons ce qui est à voir et à faire si comme nous, vous êtes amateurs d'antiquités et d'Art XXe. 
Dès le lendemain de notre arrivée, bien évidemment, pas de grasse matinée pour le Strict Maximum mais des puces ! Direction la Feira Da Ladra (= foire à la voleuse) où chaque samedi, des dizaines de stands exposent depuis 1882. C'est très grand, il y a de tout, particuliers comme professionnels et les prix sont plutôt bas. Nous avons testé un marché/brocante qui a lieu le dimanche au Jardin Vasco Da Gama, lui nous ne le recommandons pas. Essentiellement des articles neufs et très peu de stands.


Foire à la voleuse, qui n'est pas en pantalon vert.


Dans le quartier de Belem, le musée Berardo est un passage obligé. Plus de 600 oeuvres d'artistes européens et américains du collectionneur José Berardo. Classées par mouvements, la crème de la crème de l'Art du XXe et du début du XXIe siècle. 
Et si comme le Strict Maximum vous vous y rendez le matin, vous serez peinards car le lieu est désert, les touristes se pressant à la tour de Belem et au Monastère.


Alexander Calder.

Max Bill.

Lynn Chadwick.

Franz Kline.

Pierre Soulage.

Un immense Calder !


Parmi nos découvertes, le couple Maria Helena Vieira da Silva et Arpad Szenes. Maria Helena est née à Lisbonne en 1908, c'est une artiste portugaise qui s’est exilée en France dès 1928 où elle a été une des fondatrices de l’école de Paris. En 1930, elle épouse le peintre hongrois Arpad Szenes. D’abord figurative, au milieu des années 1930, elle ébauche son style en forme de patchwork qui la rendra mondialement célèbre. En 1938, elle accueille dans son atelier parisien le jeune peintres Nicolas de Staël. C’est dans les années 1950 qu’elle se positionne comme un peintre de premier plan. Elle est morte à Paris en 1992. Deux ans avant l'ouverture de la Fondation Arpad Szenes-Vieira da Silva.




Avec en prime devant la fondation une sculpture d'Etienne Hajdu.


Autre lieu qui ne laissa pas le Strict Maximum de marbre : Le Centre d'Art Moderne de la Fondation Calouste-Gulbenkian située dans un immense parc luxuriant. Il renferme les plus importantes collections d'Art moderne et d'Art contemporain du Portugal, de 1910 à nos jours. Beaucoup d'artistes portugais, ce qui est plaisant pour l'oeil et change de nos classiques.
Les bâtiments du parc datent des années 80 et sont de l'architecte Leslie Martin. Ce béton dans cette verdure, des sculptures disséminées de-ci de-là, des inspirations japonisantes, l'agencement du parc... un petit goût de paradis.






Alberto Carneiro.


Angelo de Sousa.


Aureliano Lima.

Voilà, Lisbonne c'est fait et ça se refera sans doute un de ces jours. Car flâner par 30 degrés mi octobre, le nez sur toutes ces couleurs pastels et la bouche pleine de pastéis de nata, le Strict Maximum n'a qu'une chose à dire : VIVA PORTUGAL !